La fabrication de l’agentivité dans l’interaction : enjeux, défis et opportunités pour l’éducation et la formation

Personnes coordinatrices : Virginie André, Laurent Filliettaz, Sylvie Grosjean

Les interactions sont au coeur de tout processus d’apprentissage et de formation. Elles engagent les acteurs dans une activité collaborative et située (Schegloff, 2007 ; Traverso, 2016) où ils co-construisent du sens et influencent mutuellement leurs actions. Mais comment l’agentivité se construit-elle dans des contextes éducatifs et formatifs ?
L’agentivité, entendue ici comme la capacité d’un individu ou d’un collectif à agir intentionnellement et à influencer le cours de l’échange et des activités (Emirbayer & Mische, 1998), est façonnée tant par les dispositifs pédagogiques ou les artefacts techniques qui médiatisent l’apprentissage (Vygotsky, 1978 ; Rabardel, 1995) que par l’interaction. Une interaction s’accomplit à travers divers processus, tels que l’organisation des tours de parole, la négociation d’objets discursifs ou extra-discursifs, la gestion des thèmes, la prise de décision, etc. ainsi qu’à travers les différentes modalités de l’interaction, verbales et plus généralement multimodales (Mondada, 2017a). Ainsi, chaque interactant devient un agent et exerce une influence finalisée sur ses propres actions, sur celles de ses interlocuteurs et sur l’environnement social et matériel dans lequel et avec lequel il interagit (Balconi, 2010 ; Bandura, 2005 ; Jézégou, 2019). Loin d’être une qualité intrinsèque aux individus, l’agentivité se développe dans l’interaction ; ce qui la situe comme un phénomène distribué, émergent des relations entre individus, artefacts et cadres institutionnels (Engeström, 2001 ; Eteläpelto et al., 2013).
Nous nous intéressons ici à la fabrique de l’agentivité en interaction, en explorant la manière dont les humains s’engagent dans des actions collectives en interagissant avec d’autres humains, mais aussi avec des artefacts : objets robotiques, agents conversationnels, avatars, intelligences artificielles et autres dispositifs numériques. L’agentivité ne repose pas uniquement sur des compétences cognitives ou langagières, mais se co-construit dans une dynamique relationnelle où les dispositifs technologiques ne sont pas de simples facilitateurs, mais des acteurs à part entière du processus formatif.
Le symposium propose d’explorer la fabrique de l’agentivité en interaction en croisant les regards des sciences du langage, de la communication, des sciences de l’éducation, de l’ergonomie mais aussi de l’informatique. Il s’agit d’analyser comment les humains développent leur agentivité dans des interactions avec d’autres humains, mais aussi avec des artefacts techniques (agents conversationnels, IA, robots pédagogiques). Cette réflexion contribuera à mieux comprendre les leviers permettant d’accompagner la construction de l’agentivité dans les dispositifs de formation, en mettant en lumière les dimensions interactionnelles, matérielles et incarnées de cette dynamique.