Imaginer les possibles, transformer l’expérience : l’imagination au cœur de la formation des adultes
Personnes coordinatrices : Sandrine Cortessis, Marcos Maldonado, Pascal Simonet, Simon Viviers
Dans le domaine de la formation des adultes, l’expérience est souvent mobilisée comme une ressource centrale du développement professionnel. Elle constitue un ancrage subjectif pour les nouveaux apprentissages, mais aussi un stock de savoirs à partager au sein des collectifs. Toutefois, cette logique met peu en lumière une dimension essentielle de l’apprentissage : l’imagination. Dans sa fonction psychique, elle joue un rôle clé dans la construction de nouvelles représentations, la transformation des pratiques et l’exploration du champ des possibles en-dehors ou au-delà du « déjà vécu » (Wisner, 1997). Pour Vygotskij (2022), « l’imagination est une fonction essentielle pour organiser des formes de comportement qui ne se sont encore jamais produites dans l’expérience d’une personne » (p. 176). Elle s’appuie sur l’expérience passée tout en la dépassant, ouvrant la voie à des scénarios alternatifs. Elle joue un rôle clé dans l’apprentissage et le développement humain, car « elle devient un moyen d’élargir l’expérience parce que l’être humain peut imaginer ce qu’il n’a pas vu » (p. 61). Elle permet ainsi de dépasser la réalité immédiate, d’anticiper d’autres possibles et d’enrichir le répertoire expérientiel. Vygotskij souligne aussi le rôle du collectif dans ce processus : grâce à l’imagination, on peut s’approprier l’expérience historique ou sociale d’autrui (p. 60). Loin d’être un simple exercice individuel de projection, l’imagination participe activement au développement professionnel en permettant d’explorer des alternatives aux pratiques établies et d’envisager des transformations collectives. En formation, elle peut favoriser l’appropriation de nouvelles manières de penser et d’agir, contribuant ainsi à renouveler les cadres d’intervention, les dynamiques organisationnelles et l’activité professionnelle. Dans ce sens, l’activité créatrice ouvre la voie pour penser de nouvelles significations, en-dehors des représentations dominantes susceptibles de générer impuissance et aliénation, pour penser et instituer un monde que l’on a des raisons de valoriser, un monde désirable. Elle peut être source d’une dynamique affective – joie, espoir, enthousiasme – propre au développement de la puissance, voire du pouvoir d’agir (Roche, 2016). Dans ce contexte, un questionnement central émerge : comment l’imagination peut-elle être mise au service du développement des expériences dans la formation des adultes ? Constitue-t-elle un objet de formation en soi ou un moyen d’agir sur le développement individuel, collectif et organisationnel ? Ce symposium cherchera à explorer les conditions et les formes d’une mobilisation de l’imagination en formation, en s’intéressant aux méthodes susceptibles d’élargir le répertoire d’action des apprenants, de renouveler les pratiques professionnelles et de les projeter collectivement dans un monde désirable (Jobert, 1993 ; Ulmann, 2020).