Soutenir les potentialités de tous les enfants en considérant leur unicité et en adoptant des pratiques inclusives centrées sur le développement global
Personnes coordinatrices : Stéphanie Duval, Anne-Clerc-Georgy, Caroline Bouchard
L’entrée à l’école maternelle est une étape charnière dans le parcours scolaire des enfants, qui doivent s’ajuster à un nouvel environnement, de nouvelles relations et de nouveaux rôles. Sur le plan développemental, la période préscolaire (4-6 ans) représente également une période clé lors de laquelle de grands changements sont observés, notamment en raison de la maturation cérébrale accélérée. Ainsi, il importe que la personne enseignante s’ajuste aux enfants, voire qu’elle soit sensibilisée à leurs caractéristiques spécifiques à cet âge, d’autant plus que ces derniers présentent des ressources et des besoins hétérogènes. Adopter une approche adaptée aux enfants lui permettra de construire le socle de leurs apprentissages ultérieurs et préviendra l’apparition de difficultés à plus long terme (MEQ, 2023). Si, dans les écrits, la visée inclusive et l’adaptation aux différences sont promues, ce n’est pas toujours ce qui se réalise sur le terrain.
À titre illustratif, plusieurs programmes éducatifs, comme celui du Québec, promeuvent une approche développementale à l’éducation préscolaire, permettant à la personne enseignante de considérer les besoins des enfants de 4 à 6 ans, en misant sur le jeu pour soutenir leurs apprentissages. Pour cause, l’enfant de cet âge d’âge apprend par le jeu; c’est sa manière unique d’appréhender le monde qui l’entoure. Au contraire, dans d’autres contextes, les spécificités des premiers degrés ont été oubliées. En Suisse romande, l’enfant entre à l’école « primaire » à 4 ans, tandis qu’en France, les enfants sont testés dans leurs fluidité et leur vitesse de lecture avant l’âge de 7 ans. Ainsi, malgré l’importance d’adopter des approches centrées sur le développement de l’enfant, des tensions au sujet de l’éducation préscolaire sont relevées un peu partout à travers le monde, comme la pression pour une scolarisation précoce (Pramling et al., 2019), et l’apparition de pratiques normées et centrées sur des contenus disciplinaires. Ce genre de pratiques permet-il réellement d’accueillir chaque enfant de façon inclusive, en étant sensible à leurs caractéristiques développementales et en considérant leurs besoins diversifiés ?
Selon Dionne et al. (2022), une éducation de qualité passe nécessairement par des pratiques inclusives qui met en lumière la diversité de chacun. Un environnement inclusif, soit un milieu qui soutient les forces et les intérêts individuels des enfants, garantit que tous puissent participer, apprendre et se développer (Boudreau et al., 2024). Cette participation implique de jouer et d’interagir avec les autres, mais aussi de prendre des initiatives et de faire des choix, voire d’être reconnu, accepté et valorisé pour soi-même (Booth et al., 2006).
En somme, une approche inclusive à l’éducation préscolaire permettrait d’encourager l’égalité des chances et soutenir le plein potentiel de tous, en reconnaissant que chacun a vécu des expériences différentes avant son entrée à l’école. Quelles sont les pratiques enseignantes qui permettent de favoriser le développement de chaque enfant, en considérant la diversité des réalités, des ressources et des besoins ? Comment contrer les enjeux de l’éducation préscolaire, notamment la primarisation précoce et la prescription de normes scolaires, afin de soutenir les potentialités de chacun, en valorisant leur manière unique d’apprendre et se développer ? Voilà les questions qui guident ce symposium.