Quels savoirs pour une didactique de la grammaire?

Personnes coordinatrices : Morgane Beaumanoir-Secq, Priscilla Boyer, Marie-Hélène Giguère, Myriam Villeneuve-Lapointe

Jean-François Halté : « Pour enseigner une matière, il faut maitriser le savoir bien sûr, mais il faut aussi croire à ce que l’on enseigne, adhérer et pourquoi pas même, aimer » (2004, p. 12).

Dans la continuité de Apprendre à réfléchir sur la langue, de la maternelle à l’université (Marmy-Cusin & Beaumanoir-Secq, REF 2024, Fribourg), ce symposium reprend le fil de la réflexion engagée à propos de l’enseignement grammatical, pour se centrer cette fois sur la question des savoirs à enseigner et des pratiques qui leur seraient ajustées.

Dans les pays francophones, des divergences importantes subsistent encore dans les curriculums, les notions grammaticales et les métatermes mobilisés n’étant pas nécessairement les mêmes, ni déployés de la même manière. Les moments de refonte des programmes représentent des périodes charnières qui voient revenir une question fondamentale : quels savoirs de référence pour quelles progressions ? La question n’est pas simple, puisque, malgré des années de réflexion, les didacticiens peinent à déterminer les caractéristiques fortes de cette progression, soumise à de nombreuses contraintes. Non seulement les trajectoires d’apprentissage sont difficiles à dessiner, compte tenu de la grande variabilité inter et intra élèves, mais les recherches sur les notions grammaticales ont été insuffisamment explorées pour constituer un socle suffisant pour une transposition aboutie. Il faut dire que, bien qu’elles soient souvent perçues comme simples, les notions grammaticales de base, telles les classes de mots, présentent de fait une forte complexité, leur profondeur conceptuelle n’étant guère maitrisée, y compris par nombre d’enseignants. À cela s’ajoute le rôle majeur des représentations ou des conceptions initiales, tant chez les enseignants que les élèves et qui, le cas échéant, soutiennent ou font obstacles aux apprentissages.

D’une réflexion sur les savoirs découle forcément une réflexion sur les méthodes, les techniques ou les dispositifs didactiques à privilégier. La question se pose : est-ce que la variabilité de l’objet enseigné n’appelle pas aussi à varier le comment faire?   À l’heure où des pénuries d’enseignants se font sentir à travers tous les pays francophones, l’urgence de bien former s’impose. Former aux savoirs, mais aussi aux pratiques d’enseignement pertinentes afin que l’enseignant dispose d’une boite à outils variés de techniques et de méthodes qu’il pourra utiliser selon ses objectifs et les besoins de ses élèves.