(Se) professionnaliser par la désobéissance ?
Personnes coordinatrices : Marc Boutet, Sephora Boucenna, Christophe Gremion, Alban Roblez
Le monde du travail, à l’instar du monde éducatif, entretient un rapport équivoque et paradoxal à l’obéissance.
D’une part, des procès organisationnels définissent les modalités de la réalisation du travail ainsi que les critères de qualité des produits du travail jusqu’à des granularités qui déconsidèrent l’imprévu et l’incertitude avec lesquels chaque professionnel est amené à composer (Clot, 2017).
D’autre part, le monde du travail promeut la professionnalisation des acteurs, ce qui leur impose de développer leur esprit d’initiatives, leur esprit critique, leur créativité, leur inventivité, à « penser « en dehors de la boîte », ladite boîte définissant le cadre des règles implicites et explicites conditionnant leur activité » (Duymedjian, 2024, p. 13), et ce dans les mêmes espaces dans lesquels règnent souvent les actions de contrôle et de conformité (Boltanski, 2009).
Enfin, les lieux de travail sont de plus en plus touchés par des formes de personnalisation, démonstrations de valeurs propres de sujets, rompant avec une vision dichotomique de la vie personnelle séparée de la vie professionnelle. Le travail se voit ainsi critiqué, de nouvelles valeurs incarnées par des générations modernes et actuelles le présentant comme en crise ou n’étant plus la seule finalité (Méda, 2021; Le Garrec, 2021).
Pourtant, la créativité, à l’instar d’autres indicateurs de professionnalisation (Gremion et al, 2021), peut être interprétée comme une absence de soumission aux normes improductives, une utilisation des normes à des fins d’émancipation (Marcel et Gremion, 2025) voire une désobéissance, tout en étant ancrée dans un contexte (Corazza et Lubart, 2020, p.5).
Pour réaliser son travail et finaliser la dimension productive de l’activité, le professionnel se doit de désobéir, témoignant par là même de ses compétences et de sa professionnalité. La désobéissance ou adopter une posture subversive reviendrait alors non pas à se mettre contre des valeurs politiques ou sociétales, mais à ouvrir les brèches et les marges de transformations pour (re)faire société, au-delà des positions néo-libérales dominantes. Apprendre à créer, est-ce apprendre à désobéir de façon à la fois nouvelle et adaptée (Lubart et al., 2015) ? Apprendre à désobéir permettrait-il de se professionnaliser ? Dès lors, soutenir la professionnalisation convierait-il l’accompagnateur (le formateur) à conduire une activité subversive, qui soutiendrait la désobéissance ?