Discours et pratiques en petite enfance : « prendre les acteurs aux mots »
Personnes coordinatrices : Joanne Lehrer, Carmen Maria Sanchez, Xavier Conus
Ce projet invite à interroger les liens entre discours et pratiques : comment les discours façonnent les expériences et prescrivent des pratiques professionnelles ou éducatives; comment ces pratiques s’inscrivent dans des discours plus larges, institutionnels, prescriptifs ou normatifs; comment ils sont mobilisés et réappropriés par les acteurs.
Par l’analyse de situations quotidiennes, l’objectif est ainsi de mieux comprendre le rapport entre les pratiques et le sens que leur attribuent les acteurs, mais aussi d’interroger les cadres sociaux et institutionnels qui structurent ces pratiques. Les contributions du symposium sont appelées à explorer les significations que les individus donnent à leurs actions et les tensions qui peuvent en découler (Clarke, 2005 ; Strauss, 2017) et à examiner comment les discours participent à la construction de normes éducatives et professionnelles, et comment ces normes sont appropriées, négociées et contestées par les acteurs.
Dans la perspective de Douglas (2004), il s’agit de saisir la manière dont les institutions influencent les processus de classification et de reconnaissance des acteurs, d’examiner comment les institutions se légitiment, et comment les acteurs construisent le sens de leurs pratiques, dans un cadre cognitif situé (Haraway, 2007). Les contributions pourront, par exemple, interroger les programmes officiels et les politiques en petite enfance et le lien avec les pratiques professionnelles en lieu d’accueil des jeunes enfants ou écoles (Ulmann et Odena, 2018 ; Sanchez Caro, 2020) ; les discours sur la parentalité et les styles éducatifs des familles (Chantseva, 2024 ; Vandenbroeck 2024) ; les discours sur l’éducation des jeunes enfants et les valeurs qui les sous-tendent (Conus et Ogay, 2014 ; Dupuy et al., 2021) ; etc. Ce symposium se veut ouvert à croiser des regards issus de disciplines diverses, qu’il s’agisse des sciences de l’éducation, de la sociologie, de l’anthropologie ou d’approches interdisciplinaires sur la petite enfance. L’objectif commun est de mettre en lumière à la fois l’« épaisseur des mots » et leur rôle effectif comme repères pour les individus. Autrement dit, il s’agit de « prendre les personnes aux mots » et de soumettre les discours « à l’épreuve de la pragmatique » (Dodier, 1993, p. 82), afin de mieux comprendre ce qui fait sens pour les acteurs et comment cela se traduit dans les pratiques du quotidien