Filmer, photographier, instruire ou raconter l’activité laborieuse. Dialogue entre différentes perspectives sur l’activité humaine et sa mise en objet

Personnes coordinatrices : Frédéric Saussez, Pierre-Alain Filippi, Maud Lebreton-Reinhard

Nous partons du présupposé selon lequel une trace de l’activité constitue un moyen matériel de rendre visible, de représenter, ou encore de rendre compte de phénomènes qui ne sont pas directement observables (Galinon-Mélénec, 2015 ; Krämer, 2012). En effet, l’activité ne se touche pas du doigt (Hubault, 1996). L’analyse de cette dernière ne peut donc être menée qu’en recourant à des méthodes indirectes (Vygotski, 1926/1999), c’est-à-dire des méthodes qui peuvent produire des traces matérialisant la dynamique d’un tel processus. Les traces constituent alors des objets médiateurs pour le chercheur et le participant qui en est à l’origine (Jeanneret, 2019).

Sur cette base, ce symposium cherche à problématiser la façon dont différentes perspectives théoriques sur l’activité humaine la mettent en objet dans le cadre de leurs démarches d’intervention-recherche et conçoivent l’implication des personnes participantes dans des démarches de co-analyse de l’activité (Saussez, 2016). En effet, les personnes participantes sont invitées le plus souvent à verbaliser une part de leur expérience vécue de l’activité (Saussez, 2014). Ainsi, la co-analyse de l’activité repose sur l’engagement des personnes dans des formes diverses de réflexivité (Cahour & Licoppe, 2010). Ce sont celles-ci que nous interrogeons dans ce symposium en cherchant à mettre en dialogue différentes façons de construire le concept d’activité, de le rendre opératoire dans des démarches d’intervention-recherche et en mobilisant différentes traces pour y engager les personnes.

Notre objectif est d’interroger quatre modalités contribuant à mettre en objet l’activité laborieuse dans ses dimensions opératoires et expérientielles : le film, la photographie, l’instruction au sosie et le récit, écrit et/ou graphique. Chaque contribution formulera des éléments de réponse aux quatre ensembles de questions suivantes :

1) Comment l’activité est-elle mise en objet (conceptualisée) dans votre perspective théorique et comment justifiez-vous la démarche méthodologique mise en œuvre pour l’analyser ? Comment concevez-vous le rôle et la fonction des personnes participantes dans la démarche de co-analyse de l’activité ?

2) Quelles sont les visées (de transformation, de compréhension, de conception, etc.) poursuivies prioritairement par votre perspective ?

3) Qu’est-ce que votre méthode permet de rapatrier de la situation de travail en situation de co-analyse et que laisse-t-elle dans l’ombre ?

4) Comment concevez-vous l’articulation entre différents types de traces ? Comment travaillez-vous la dimension multimodale des traces de l’activité ? Quels sont les apports de sa prise en compte à la co-analyse du travail et aux visées poursuivies ?