Le travail de santé face à la vulnérabilité : repenser les liens entre santé, activité et pouvoir d’agir
Personnes coordinatrices : Vanessa Rémery, Dominique Lhuilier
Le travail est souvent abordé sous l’angle les risques qu’il génère pour la santé, dans une perspective centrée sur l’emploi salarié. Cela invisibilise la contribution active de chacun à la construction de sa santé, dans toutes les sphères d’activités (Cresson, 2000). S’élaborent pourtant, au fil du temps, des manières de faire, stratégies personnelles et collectives pour se protéger, se transformer et maintenir un rapport vivant aux activités, aux environnements et à soi (Lhuilier, 2006). Cette dynamique de régulations et de savoir-faire mobilisés pour préserver et développer la santé est au cœur du « travail de santé » (Lhuilier & al., 2024, Strauss & al., 1975 ; Strauss & al., 1982).
La santé devient alors capacité à créer ses propres normes d’existence face aux épreuves du réel (Canguilhem, 1966 ; Cau-Bareille & al., 2021), soutenue par le pouvoir d’agir (Clot, 2008 ; Rabardel, 1995). Ce travail, souvent empêché, nécessite créativité (Lhuilier, 2015). Il peut être défensif, adaptatif ou développemental, porteur de savoirs expérientiels (Rémery & al., à paraître) et de valeurs partagées autour du soin de soi, des autres et du vivant.
Le travail de santé concerne toutes et tous, en raison de notre vulnérabilité ontologique (Lhuilier, 2017). Chacun.e est confronté.e à des expériences de fragilité: vieillissement, maladie, handicap, grossesse, chômage, précarité, burnout, aidance, mais aussi conditions de travail pénibles, discriminations ou transitions de vie. Ce travail traverse les frontières entre emploi/hors-emploi, entre sphères professionnelle, familiale, sociale et intime. Il est aussi genré du fait de la division sexuée du travail. Il ne peut reposer uniquement sur les individus : il se construit avec les autres, dans les espaces professionnels, domestiques, familiaux, communautaires. D’où l’importance d’explorer les conditions de sa collectivisation (vs sa psychologisation) : reconnaissance, partage, transmission, soutenabilité (Gollac & al., 2008; Gaudart & al., 2019).
Les contributions attendues porteront sur des situations de travail, de formation, d’accompagnement ou d’expérimentation, montrant comment se construisent, dans l’ordinaire ou l’épreuve, des manières de préserver et développer la santé. Le symposium explorera ces dynamiques à partir d’expériences de vulnérabilité, mais aussi des conditions qui soutiennent ou freinent ce travail. Comment créer des environnements capacitants (Falzon, 2013) où la santé devient un enjeu partagé ? Cette réflexion vise à repenser les liens entre travail et santé, à travers une lecture plus collective, développementale et capacitaire.